Avez-vous 100 yens ?

Avez-vous 100 yens ?

S’il y a un mobilier de l’environnement urbain au Japon que vous êtes obligé de voir, c’est bien ces distributeurs automatiques. Jidōhanbaiki en japonais (自動販売機).  Ils sont à peu près présents de partout. Il y en a de toute sorte, mais les plus populaires sont sans aucun doute les distributeurs automatiques de boissons. Dans les gares, dans les rues, dans les musées, dans les sociétés, il y en a partout. Même perdu en pleine campagne, vous risquez d’en croiser un. La soif ou leurs lumières vont vous attirer et soudainement votre porte-monnaie se sentira allégé de quelques pièces.

Un peu d’histoire

D’après les archives d’internet, la première machine de distribution automatique remonterait à l’Égypte ancienne et permettait la vente d’eau bénite. La pièce faisant office de poids permettant l’ouverture du robinet pour faire écouler l’eau.

Plus proche de nous, il faut remonter en 1615 pour voir une machine distribuant automatiquement du tabac en Angleterre. Le premier brevet déposé pour une machine automatique fut en 1857 pour la distribution des timbres et toujours chez nos amis d’outre-Manche.

Pour le Japon, cela remonte à 1904 et on reste dans le domaine des timbres postes. Concernant les boissons, la première machine à distribution automatique proposait des boissons alcoolisées. Le boom des machines eut lieu après la Seconde Guerre mondiale. La prolifération des pièces de 50 et 100 yens aide énormément à la percé de ces machines dans le quotidien japonais. C’est en 1976 qu’apparaissent les premiers distributeurs mixant le chaud et le froid.

Des millions de distributeurs automatiques, mais de moins en moins

Les distributeurs automatiques voient large. Des classiques boissons aux soupes, on peut aussi trouver de quoi satisfaire ces envies technos ou celle de fumer. Un peu moins fréquent, on peut aussi y acheter des poissons rouges !

On englobe aussi dans ces machines celles permettant d’acheter des tickets d’entrées, payer son parking ou acheter des cartes prépayées. Le pic du nombre de ces machines a été dans les années 2000 avec 5,6 millions d’unités. Mais ce n’est pas le pays en ayant le plus. Les États-Unis avec leurs 6,43 millions de machines en 2013 sont devant. Par contre en densité, le Japon arrive en première position. Cependant, le nombre de distributeurs est en décroissance. On en dénombrait 4,94 millions en 2016, la moitié étant des distributeurs de boissons. 

Et combien cela rapporte ?

Le chiffre d’affaires généré par l’ensemble des machines diminue aussi de façon assez importante. De 5,38 milliards d’euros en 2000 on passe à 4,38 milliards en 2008 et en 2016, ce chiffre serait de 3,6 milliards, en hausse par rapport à 2015. Concernant les machines automatiques de boissons, la baisse du chiffre d’affaires est conséquente comme le montre le graphique ci-dessous. Le nombre de machines reste important, il y en avait 2,47 millions en 2016, mais le chiffre d’affaires est en nette baisse à 1,53 milliard d’euros.

Trait rouge avec axe à droite = nombre de machines (en base 10000) Barres bleues avec axe à gauche = chiffre d’affaire (trillion de yen)
Source : https://mainichi.jp/articles/20170510/dde/041/040/045000c

Même si la marge est encore d’environs 15 à 20%, les distributeurs ont de sérieux concurrents. Notamment les konbini. La multiplication des services de ces magasins attire toujours une clientèle plus nombreuse qui en profite alors pour prendre une boisson. Il y a aussi les magasins 100 yens shop qui mettent à disposition de nombreuses boissons qui se pose en concurrent des distributeurs automatiques.

Melon Soda à Nagoya

Toujours à la bonne température

Le point crucial pour ces machines est de toujours proposer la bonne température pour les boissons. Cette dernière est entre 4-5°C pour les boissons froides et de 55°C pour les boissons chaudes. Même après un réapprovisionnement, la machine va attendre la bonne température avant de rendre de nouveau disponible la boisson. 

L’écosystème économique 

La plupart des machines de boissons appartiennent a de grande marque comme Coca cola. Mais un particulier peut demander à en louer une et l’installer sur son terrain pour toucher des bénéfices. C’est le mode le plus courant. Mais il est possible d’avoir sa propre machine (compter dans les 9000 euros en neuf) et de gérer son propre business avec son propre stock et choix des produits. L’autre point important est la gestion de l’énergie puisqu’au final c’est le coût récurrent pour ce genre d’installation.

Une course à la réduction énergétique 

Le coût énergétique de ces machines serait de l’ordre de 8000 yens par mois. Des réglementations s’appliquent afin d’abaisser la consommation. Et cela marche puisqu’en 1999 la dépense énergétique était de 7,5 milliards de kWh alors qu’en 2015 elle n’est plus que de 2 milliards de kWh. Énergies solaires et réutilisation de l’énergie en interne sont souvent utilisées pour abaisser l’utilisation du courant traditionnel. 

Machine à Kobe

Une nouvelle expérience utilisateur

Depuis quelques années, de nouvelles machines ont remplacé la vitre par un écran permettant de choisir sa boisson. Mais c’est aussi une nouvelle technologie de reconnaissance faciale qu’utilise la machine pour proposer un choix à l’utilisateur. Ainsi, un capteur est chargé de déterminer l’âge et le sexe de la personne en face de la machine et de lui proposer ce qui lui conviendrait de mieux. C’est aussi un moyen de récupérer des statistiques d’usages sur les distributeurs automatiques. Ce système est développé par la société Acure pour JR East.

Un avenir qui passe par les jeunes

Le nombre de nouvelles machines mises en exploitation ne devrait pas dépasser les 20 000 par an. Les commerciaux cherchent de nouvelles solutions et ils s’orientent vers les services en ligne, comme le réseau LINE, très populaire au Japon avec ses 66 millions d’abonnés.

Rarement en panne, toujours bien achalandés, on s’habitue vite à prendre une boisson. Enfin, ces machines peuvent aussi jouer un rôle important en cas de catastrophe naturelle avec le déblocage des boissons.  

Quelques liens :

En japonais : 100 données sur les distributeurs automatiques

En anglais : Le business des distributeurs