L’art de voyager au Japon : le Content Tourism

L’art de voyager au Japon : le Content Tourism

Imaginez-vous un instant au milieu de votre scène préférée d’un anime,
d’un film d’animation ou d’un manga !

Parcourez l’article ou lancez la lecture du documentaire pour voyager au Japon
d’une façon un peu différente !

La pop culture, au-delà du divertissement, est aussi un moyen original pour découvrir le Japon et sa culture. Au travers de l’imagerie produite par les nombreuses œuvres de manga ou d’anime, un tourisme s’est créé portant le nom générique de Content Tourism. Ce dernier englobe tout type de média allant des films jusqu’aux livres. Intéressons-nous dans cet article au tourisme lié à la japanimation : partons découvrir l’anime tourism au pays du soleil levant.

­­­Content Tourism et anime Tourisme

Des endroits jusqu’alors inconnus des touristes qui deviennent d’un coup un must go avec même leurs emplacements sur google maps ! C’est tout simplement le résultat que peuvent procurer certaines œuvres qui utilisent ces lieux pour leur histoire.  Alors commence la quête pour les fans d’aller fouler ces endroits. Ces pèlerinages sont populaires au Japon et deviennent même des ressources économiques pour revitaliser certaines zones non urbaines.

Mais ce sont aussi des lieux qui se transforment pour rendre hommage à un artiste. Une ville ordinaire devient alors un lieu unique où le fan pourra combler sa dévotion pour l’œuvre. Mais pas seulement. Tout le monde doit pouvoir se faire plaisir, quitte à devenir fan par la suite !

Définition du Content Tourism

Précisons que la notion de content tourism est très proche d’un tourisme qui existe depuis longtemps et qui est présent un peu partout dans le monde. De nombreux films comme le seigneur des anneaux, Amélie poulain, des séries télévisées ou bien des livres nous poussent à aller sur ces endroits réels, authentiques ou non, ou tout simplement ayant inspiré ces œuvres. Mais le terme Content Tourism trouve ses racines au Japon qui l’a érigé comme une marque de fabrique. On trouve aussi le terme Kontentsu pour désigner ce type de tourisme.

Sa définition a été donnée par deux éminents spécialistes : Takayoshi Yamamura et Philip Seaton. Nous pourrions résumer leur définition comme un comportement de voyage qui est motivé entièrement ou partiellement par la découverte de lieux du monde réel qui sont liés à des mondes narratifs fictifs ou réels. Ces derniers étant créés par de multiples œuvres de divertissement appartenant à la pop culture comme les films, les séries, les mangas, les dramas, les animés, les romans et les jeux vidéo.

Concernant le tourisme lié à la japanimation, nous pourrions les définir comme :

  • Procurer une immersion dans l’œuvre de l’anime : attachement au lieu de l’anime ou du film. Cela peut se traduire notamment par répéter des scènes de l’anime.
  • Honorer le travail réalisé
  • Partager avec la communauté en laissant une trace de son passage : par exemple un ema
  • Découvrir une région
  • Partager la découverte avec ses amis
Yuri On Ice !!!

Les pèlerinages sur les endroits réels

Commençons par découvrir l’aspect pèlerinage. Il s’agit d’effectuer un voyage aux endroits réels ayant inspiré de nombreux animes, manga ou films d’animations par passion, voire par dévotion par rapport à l’œuvre.

Historique

Ce phénomène verrait le jour au Japon à la fin des années 90 notamment avec l’anime Sailor Moon. Certaines scènes prennent pour inspiration le quartier de Azabu juban à Tokyo. Ce serait devenu populaire auprès des fans et des otaku, ces passionnées de la pop culture, dans les années 2000 notamment au travers des animés comme Onegai Teacher ou Lucky star.

Pour Onegai Teacher, le lac Kizaki proche de la ville d’Omachi où se déroule l’histoire a vu de nombreux fans venir sur ce lieu important dans l’anime. La ville d’Omachi se trouvant dans la préfecture de Nagano est un des principaux lieux du pèlerinage pour cette anime.

Pour Lucky star, le sanctuaire Hatsumode a vu ses visiteurs passés de 90 000 avant la diffusion de l’anime à plus de 450 000 en 2010.

Le programme Cool Japan lancé au début des années 2000 promeut aussi la visite du Japon via la pop culture. Ce serait d’ailleurs à cette époque que les mots Content Tourism apparaissent. En 2005, le Japon officialise la pop culture comme moyen d’augmenter le tourisme grâce à ses qualités narratives.

Le grand public va cependant commencer à s’y intéresser avec le drama coréen “Winter Sonata” en 2004 qui a entrainé une vague massive de touristes japonais, surtout japonaises, en Corée. Petit aparté en lien avec le drama. Les Taiga Drama, ces célèbres fictions historiques que diffuse chaque dimanche soir la NHK attirent aussi un tourisme qui va aller sur les lieux réels des histoires. Le taiga drama Shinsengumi se déroulant à Hakodate a vu un pic de touristes aux endroits où les samouraïs s’entrainent.

Il faut attendre 2016 et la sortie du film d’animation “Your Name” de Makoto Shinkai pour que ce phénomène soit sur le devant de la scène internationale. En parallèle au succès du film, les pèlerinages sur les endroits réels ayant inspiré les décors deviennent très populaires.

Des paysages sous forme de tableaux

L’image de ces paysages japonais nous est aussi très familière avec les films d’animation de Hayao Miyazaki. La forêt de princesse Mononoké est fortement inspirée de celle se trouvant sur l’ile de Yakushima au sud de Kyushu. Mais c’est aussi son chef-d’œuvre dans le voyage de Chihiro et son célèbre onsen qui serait inspiré par le dogo onsen de Matsuyama sur l’ile de Shikoku.

Ces paysages deviennent presque comme un patrimoine culturel à protéger. La ville de Tokorozawa a acheté 3,5 hectares représentant une partie de la forêt qui a inspiré le film d’animation « mon voisin Totoro ». Cet espace avec plus de 7000 arbres sera protégé.

Cependant, la plupart des pèlerinages proposent des découvertes d’endroits très réalistes, mais sans jamais copier à l’exactitude près la réalité. Il y a bien souvent des modifications de perspectives, de certains noms pour des raisons évidentes ou de quelques éléments urbains.

Dessiner ces backgrounds revient à réaliser un tableau. D’ailleurs, le terme utilisé pour décrire les arrière-plans est bijutsu qui signifie Art en japonais. Ce processus est effectué par des équipes spécifiques. Un background peut être composé de plusieurs calques et ils sont maintenant très souvent réalisés avec des logiciels comme photoshop.

Mais il y a aussi un peu de magie, celle de passer d’un monde réel à un monde crayonné. Le dessin, avec ses lignes et ses couleurs, permet d’enjoliver en quelque sorte notre réalité. Et le Japon pour cela excelle.

Tokyo par Makoto Shinkai et la réalité

A la recherche de …

Alors que recherche-t-on dans ce type de voyage ? En premier, le désir de s’approprier l’instant où le monde réel fusionne avec le monde imaginaire de l’œuvre. C’est aussi une sorte d’immersion où l’on va essayer de reproduire certaines scènes ou bien de prendre la photo comme dans l’anime.

En deuxième, l’exploration de voyage et la découverte de nouveaux lieux. C’est un point important pour moi, car cela me permet de découvrir des lieux que je n’aurais pas eu idée de visiter. Il y a aussi un aspect intéressant : trouver les lieux. La recherche en amont, ou bien sur le moment, possède un aspect ludique que j’apprécie.

En troisième le partage qui peut être sous différentes formes : gastronomique ou basée sur des objets, mais aussi laisser une trace de sa venue notamment via les ema, ces petites tablettes votives que l’on trouve dans les sanctuaires

Caractéristiques des pèlerinages au Japon : Seichi Junrei

Ces pèlerinages sont appelés Seichi Junrei au Japon. On pourrait le traduire par visiter des lieux sacrés. Ces mots ont d’ailleurs été dans les 10 plus populaires en 2016. Le pèlerin qui commence alors sa quête est un seichijunrei-sha. Il réalise le parcours grâce aux multiples informations des différentes communautés données notamment par les chasseurs de scènes.

Ces chasseurs de scène sont appelés Butaitanbousha. Ce sont eux qui vont trouver et partager l’information de l’endroit réel. Ils sont en quelque sorte les pionniers. Il faut être dans les premiers sinon on redevient des pèlerins. Les chasseurs de scène utilisent google maps, leur propre souvenir et connaissance du terrain pour trouver les lieux.

Prenons un exemple très récent avec la sortie du teaser du nouveau film de Makoto Shinkai : Suzume no Tojimari. À peine, était-il sorti que déjà certains passionnés étaient à la recherche des endroits, dont celui de l’affiche. Les pistes iraient sur Locomotive Bungo Mori à Oita sur l’ile de Kyushi. Les pèlerins sont prêts !

Un aspect économique important

Depuis 2018, il existe un site qui se donne pour mission de donner chaque année une liste des 88 pèlerinages à faire concernant la pop culture. Supporté par de grandes sociétés de l’édition ou du tourisme, son but premier est surtout de fournir un portail amenant sur les différents sites touristiques de chaque région.

En effet, les pèlerinages ont aussi un aspect économique important, notamment pour les régions rurales, loin des grands centres urbains. Cela permet à certaines régions de capter un nouveau type de public et de donner un second souffle à l’économie locale.

Ces dernières années, 2 préfectures voisines ont réussi à augmenter leur tourisme grâce à l’exploitation du content Tourism. Pour cela, elles ont déjà commencé par se rendre attractives pour que des œuvres soient tournées ou prises pour inspiration. Deux animés ont vu leurs lieux se transformer en de grands pèlerinages : Super Cub se déroulant dans la ville de Hokuto et Yurucamp avec ses sessions campings au pied du Mont Fuji. Sujets intéressants, car dans le premier, cela a relancé l’envie de faire des roadtrip avec cette célèbre marque de cyclomoteur et quant au deuxième, au-delà de l’aspect pèlerinage, l’anime a surfé sur le boum du camping au Japon.

Mes impressions

Partir à la découverte de ces lieux est une expérience de voyage très intéressante. J’aime beaucoup aussi l’aspect un peu ludique de chercher les lieux et de préparer son pèlerinage.

En simple seichijunrei-sha , j’ai déjà réalisé plusieurs pèlerinages, dont ceux de Your Name et Les Enfants du Temps avec toujours de belles découvertes. Et j’ai tenté une approche de Butaitanbou-sha lorsque Cyprien a sorti son court métrage Minori ayant lieu à Tokyo. Google maps était mon meilleur allié.

Lors d’un festival sur le Japon, le Japan Tours Festival j’ai rencontré la talentueuse “Sam et les dramas” qui est spécialisée dans les dramas Coréen et de façon général sur la culture Coréenne. Et nos thématiques se sont rejoints. Elle a fait une recherche de scène lors du passage de Taemin, un acteur compositeur célèbre, à Paris. Elle a demandé à sa communauté de l’aider à trouver les lieux et on peut dire que le résultat à plutôt bien fonctionné. Un exemple qui montre l’intérêt ludique mais aussi de découverte du content tourism.

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Pour la préparation, twitter et le web restent les meilleures sources d’informations ainsi que les livres artwork assez populaires au Japon. Une fois sur place, j’ai toujours une google maps à portée de téléphone !

Le pèlerinage reste cependant une activité surtout liée aux fans. Même si certains films d’animation vont attirer un public plus dense, le tourisme « grand public » pour l’animation ou le manga reste la construction de structures dédiées avec les musées en première place.

Le Content Museum Tourism

Autre représentation du Content tourism, celui qui crée dans un endroit une ressource touristique. On pourrait alors parler de museum anime tourism et transformer le tourism de content en business.

Certaines villes au Japon vont créer des musées dédiés à des créateurs. Le but étant de revitaliser le tourisme de leur ville. Le musée est la plupart du temps dédié à un artiste originaire du lieu. J’ai remarqué que très souvent, le visiteur est tout de suite dans le sujet en arrivant entouré de nombreuses statues représentant les principaux personnages créés par l’artiste.

Un site japonais recense au moins 33 musées de ce genre dans tout le Japon. Un chiffre qui fluctue selon les ouvertures ou fermetures. L’un des plus connus pour le grand public est celui du studio Ghibli présent à Tokyo. Ce n’est pas moins plus de 10 millions de visiteurs en 2017 depuis son ouverture en 2001.

Quelques visites

J’ai eu la chance de pouvoir en visiter quelques-uns et cela a toujours été une occasion de découvrir une nouvelle ville. On peut dire que le but est atteint, car je n’aurais sans doute jamais visité ces lieux.

Commençons par le département de Tottori qui a vu deux de ces villes transformées pour rendre hommage à 2 mangakas très célèbres.

La première de ces villes est Hokuei. La ville est dédiée à un héros que vous connaissez sûrement :  Detective Conan. Le mangaka Gosho Aoyama possède son musée, le nom de la gare est transformé avec celui du nom du héros du manga, et tout le long pour aller au musée, vous pourrez découvrir les statues des principaux héros. C’est très ludique et le musée est facilement accessible même si vous ne lisez pas le japonais.

Vient ensuite la ville de Sakaiminato. Les Yokai du maitre Shigeru Mizaki ont envahi la rue principale avec de très nombreuses statues. Au bout de cette dernière se trouve un musée très intéressant où toute l’œuvre de Mizaki est présentée.

La ville aurait atteint 850 000 visiteurs annuels, avant bien sûr la pandémie.

Un peu plus au nord, dans la région du Tohoku j‘ai pu visiter le musée du manga de Ishinomori (Ishinomaki Mangattan Museum). Il est consacré à l’œuvre du mangaka Shotaro Ishinomori, un des plus prolifiques mangakas. Il est à l’origine des premiers personnages cyborg et super héros et a travaillé sur Astro Boy avec Osamu Tezuka.  Ses personnages majeurs sont représentés sous forme de statues sur le chemin du musée. Ainsi on peut retrouver des personnages de Cyborg 009 et kamen rider. Le musée est entièrement dédié à son œuvre.

Osaka possède aussi le musée dédié à Osamu Tezuka. Situé en banlieue dans la ville de Takarazuka, Osamu Tezuka a passé sa jeunesse dans cette dernière. Point de statues pour accompagner le visiteur jusqu’aux portes, mais ces plaques au sol avec les principaux héros du mangaka. La plupart du temps, ces musées intègrent des petits ateliers ludiques, là pour Osamu Tezuka, c’est un atelier dessin.

Petite aparté pour un musée qui n’est pas dédié à un mangaka. En effet, on pourrait penser que ce type de tourisme est réservé à une population jeune. Tora-san, un des personnages clé du cinéma japonais, souvent considéré comme un vagabond voyageur a laissé un héritage important que l’on peut retrouver dans le quartier de Shibamata à Tokyo. La statue de Tora san vous attend à la sortie de la gare et vient ensuite le passage dans une rue traditionnelle où vous pourrez déguster différents mets vus dans les films. Et bien sûr, un musée vous attend avec la reconstitution grandeur nature des endroits de vie de Tora san. Une belle immersion dans le Japon de l’ère Showa (1929-1989).

Vous vous souvenez au début, je vous avais parlé de la ville de Tokorozawa. Cette ville vient aussi de développer avec l’éditeur Kadokawa un nouvel espace dédié à la pop culture : Cool Japan Forest. Un projet lancé en 2017 qui veut que la culture cohabite avec la nature. Et aussi bien sûr attirer des touristes dans cette ville que peu de gens connaissent. Le musée est l’œuvre de l’architecte Kengo Kuma et la bibliothèque semble être de toute beauté.

Astro Boy
Hokuei et sa gare Detective Conan
Ishinomaki Mangattan Museum
Ishinomaki Mangattan Museum

Mes impressions

Comme pour les pèlerinages, ces visites sont toujours source de découverte. Pour les musées, ce n’est pas le lieu où l’on va, mais la richesse des pièces que comportent ces derniers. Les musées sont toujours ouverts au plus grand nombre et même sans connaitre l’auteur dans les détails on y apprend beaucoup de choses et très souvent donne envie de lire ou relire leurs mangas.

L’avenir du content tourism

Alors quel est l’avenir de ce type de tourisme, notamment pour les pèlerinages ? Difficile de se prononcer avec la pandémie qui a rebattu pas mal de cartes, mais au Japon, malgré tout, cela continue même si ce tourisme reste et restera sans doute un tourisme de niche. Cependant, certains œuvres pourront, je pense, de nouveau attirer la curiosité et permettre des poussées touristiques ponctuelle et localisée.

Quant à moi, je prépare activement le futur pèlerinage du prochain film de Makoto Shinkai. La promesse de découvrir de nouveaux lieux loin des grandes routes touristiques est immense. Vivement novembre.


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